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Tiens-toi droite !

Tiens-toi droite !

Par Aurélie Ravera-Lassalle

De l’impossibilité de penser à sa posture

 Toute adolescente, ayant eu la chance d’avoir une mère aimante et attentive aura entendu cette douce injonction « Tiens-toi droite ! ». La meilleure illustration de cette injonction se trouve dans le duo Mère-Fille jouée par Nathalie Baye et Laura Smet dans la série 10%. Et la meilleure illustration de l’échec de cette injonction se trouve aussi dans cet épisode. On y voit, Laura répondre à cette injonction en obtempérant quelques minutes, puis revenir à sa posture habituelle jusqu’à la prochaine injonction de sa mère. 

Call My Agent! (2015)

 Le résultat obtenu par Nathalie avec sa fille, et par toutes les mères de par le monde avec leur fille sera aussi celui que vous obtiendrez en rééducation vocale avec vos patients si vous leur demander de conscientiser le geste postural, en bref de penser à leur posture. 

Faites vous-même l’expérience au cours d’une matinée de prise en charge, posez-vous la question : Ai-je pensé au cours de cette matinée à ma façon de me tenir et de respirer ? Je suis presque certaine que non, votre cerveau étant tout occupé à prendre soin de vos patients. Et le cerveau, même féminin, n’est pas capable de gérer correctement deux tâches en même temps. 

De nombreuses études ont montré des liens entre la posture et la voix [Grini, 1998]. On sait que la dysphonie liée au forçage vocal est sous tendu par des dysfonctionnements posturaux (tension des organes phonatoires mais aussi de l’ensemble du corps pendant la phonation) et qu’une posture adaptée est importante pour l’optimisation de la fonction vocale. 

Définition de la posture et quelques notions associées

 La posture est définie comme un placement des pièces du squelette dans des positions déterminées et qui composent une attitude. La posture est associée à des notions de verticalité et de centrage, 

d’équilibre et d’ancrage, de tonus, d’utilisation de la voix, d’articulation et de respiration. C’est la mise en jeu de tous ces éléments dans une bonne synergie qui va permettre une production vocale parlée et chantée confortable [Heuillet-Martin, 2007 ; Penigault, 2000 ; Abonnen, 2010]. 

Notion de verticalité ou l’alignement : On estime que la verticalité est respectée s’il existe une ligne verticale gravitaire dans le plan sagittal qui passe par l’oreille, l’épaule, la tête fémorale, le genou et la cheville avec une projection du centre de gravité dans le polygone de sustentation, s’il existe une droite virtuelle qui joint le sommet du pli inter fessier S2 et l’épineuse de C7 sur le plan frontal, si les courbures physiologiques sont respectées : lordose cervicale, cyphose dorsale, lordose lombaire et cyphose sacrale [Le huche, 2001, Tortora, 2007]. 

Notion de centrage : On estime qu’il est respecté s’il existe sur le plan frontal des lignes parallèles passant par les oreilles ou yeux, les mamelons ou épaules, les hanches, les genoux, les malléoles. 

Notion d’ancrage : C’est la mise en jeu des muscles profonds qui participent à l’équilibre. 

Notion d’équilibre : Il dépend de l’activité posturale qui s’organise par rapport à l’attraction terrestre et a pour but de s’opposer à cette force. Il maintient les différentes parties du corps dans l’espace afin de respecter la position verticale. Il est sous tendu par deux dimensions : une dimension statique (projection dans le polygone de sustentation, oscillation infimes et multiples) et une dimension dynamique (tout mouvement entraîne des modifications de l’équilibre auxquelles il faut s’adapter) 

Notion de tonus musculaire : Il entre en jeu dès le moment où on a l’intention de réaliser une action. C’est l’énergie consommée par les muscles au repos dans les postures et au cours de la motricité. Il permet le maintien postural, le maintien de l’équilibre et il est la base de la motricité. Il entre en jeu dès l’intention d’une action avec trois niveaux toniques (tonus de fond : maintien et cohésion des différentes parties du corps, tonus postural : permet une activité musculaire et tonique minimale et le tonus d’action : degré de tension d’un muscle qui va participer de manière directe ou 

indirecte à une action. Il faut trouver un tonus adapté dans l’acte phonatoire qui permette à la fois détente et maintien. 

Utilisation de la voix 

A chaque type de voix utilisée va correspondre une posture, on ne prendra pas la même attitude en voix conversationnelle (moins coûteuse en énergie car elle est utilisée fréquemment et parfois longtemps), en voix projetée (redressement, verticalisation, ancrage, articulation précise et débit ralenti), en voix de détresse (couteuse en énergie, engagement de la musculature accessoire avec projection du corps vers l’avant, flexion antérieure de la tête), en voix chantée et selon les styles de chant (double régulation : activité motrice et activité chantée avec un tonus postural et un contrôle de la posture tout le long de l’émission avec adaptation pré phonatoire). 

L’articulation : Elle va nécessite de réguler la posture des organes bucco-phonatoire à un niveau fin : gestion du voile, des lèvres, du pharynx, de la mâchoire sans que le sens ne se fasse au détriment du son. 

La respiration : Les mouvements respiratoires vitaux ont une amplitude bien supérieure à celle des oscillations posturales avec la mise en jeu de différents organes tels que l’appareil digestif, le coeur, les poumons et la cage thoracique [Leroux, 1976]. La position du centre de gravité, ainsi que l’équilibre vont être impactés. Lors de la phonation, la respiration va être intimement liée à la posture d’autant plus en voix chantée [Sundberg,1993] et différemment selon le style de chant. Le redressement (effacement des courbures physiologiques) va favoriser l’élargissement de la cage thoracique pour optimiser la prise inspiratoire et la mise en jeu des abdominaux profonds lors de l’expiration [Scotto di Carlo, 1992 ; Leanderson, 1984]. La colonne d’air ainsi crée permettra un fonctionnement laryngé en équilibre [Amy de la Bretèque, 2000] 

L’évaluation de la posture 

Quand on reçoit un patient qui présente des troubles vocaux, il faut lors de l’évaluation avant d’envisager la voix, analyser le geste vocal [Révis, 2021]. Le geste vocal comprend l’analyse de la respiration et de la posture dans différentes situations vocales puisqu’on a vu qu’à différentes utilisations vocales correspondent différentes postures. Cette évaluation va être réalisée en position assise et en position debout et va s’intéresser à la statique du patient (alignement, centrage, ancrage) et aux tensions musculaires (visage, langue, mandibule). 

L’évaluation de la posture peut aussi se faire à l’aide d’une échelle d’analyse créée en 2010 par Amiel & Lamy. Elle analyse la posture en fonction de critères qualitatifs (5 critères : Sévérité du trouble postural et vocal, Tension générale, Respiration, Ancrage au sol et 

Verticalité), et quantitatifs (évaluation de la sévérité de chaque critère observé par une cotation allant de 0 à 3) du comportement phonatoire. Les données sont recueillies pendant un bilan vocal qui met le sujet dans différentes conditions vocales permettant une orientation thérapeutique de la prise en charge [Amiel, 2010]. 

Cette évaluation peut aussi se faire à l’aide d’application d’analyse de la posture comme l’application Posture Screen (payante) ou ACPPCore2 (gratuite) 

Remédiation de la posture 

La prise en charge de la posture devra s’intéresser aux axes qui sous-tendent la posture comme le présente Audrey Abonnen [Abonnen, 2010]. Pour espérer obtenir un résultat pérenne, il s’agira d’envisager le suivi d’un point de vue proprioceptif plutôt que d’intellectualiser les exercices. 

Le travail de la verticalité s’attachera à l’ancrage corporel et à l’entraînement physique, au travail du regard, des appuis, de la bascule du bassin, des étirements de la colonne, de la détente du dos, de la station debout, de la prise de conscience de la dysfonction posturale. 

Le travail de l’équilibre s’intéressera à l’ancrage corporel et à l’entraînement physique, à la rotation et torsion de la colonne vertébrale, aux équilibres, à l’équilibre associé à la voix et à la respiration, à un travail sur les images mentales. 

Pour ce qui est du Tonus et de la détente, on cherchera à obtenir une détente musculaire, à adopter le tonus adéquat (étirements, motricité différentielle, préparation corporelle au travail de la voix), à prendre conscience des sensations corporelles (mobilisations, toucher thérapeutique) 

Pour ce qui est de l’utilisation de la voix, de l’articulation et de la respiration : Il s’agira de prendre conscience de l’importance de l’utilisation vocale par le biais de jeu de rôle et de mises 

en situation, par un travail de prise de conscience des mouvements linguaux, palato et mandibulaires et par un travail de dissociation de ces mouvements. 

Enfin, le travail respiratoire en lien avec les mouvements posturaux (travail sur les verrous) permettra de mieux appréhender les troubles vocaux (Cf. Références supports pour le travail de la posture). 

Ce travail global, précis s’appuyant sur des sensations proprioceptives et un geste vocal adapté aux différentes situations vocales rencontrées par le patient lui permettra d’entrer dans une posture alignée et ancrée sans avoir à penser de se tenir droit. 

Bibliographie

1. Grini MN, Ouaknine M, Giovanni A. Contempary postural and segmental modification of forced voice. Rev Laryngol Otol Rhinol 1998 ; 119 : 4, 253-7 

2. Heuillet-Martin G., Garson-Bavard H., Legre A. (2007). Une voix pour tous, Tome 1, La voix normale et comment l’optimaliser, 3ème éd. Marseille : Solal, 215 p. 

3. Penigault P., (2000), Importance des facteurs posturaux dans la dysphonie dysfonctionnelle, Médecine des Arts, 45, 16-25. 

4. Abonnen A. Le travail de la posture dans la rééducation vocale des adultes : état actuel et perspectives, mémoire pour l’obtention du certificat de capacité en orthophonie, université de Lille II. 2010 

5. Le Huche F., Allali A., (2001). La voix, anatomie et physiologie des organes de la voix et de la parole, Tome 1, 3ème édition. Paris : Masson, 199 p. 

6. Tortora G.J, Derrickson B., (2007). Principes d’Anatomie et de Physiologie, 4ème édition. Paris : De Boeck, 1246 p 

7. Leroux C, Guegen C, Poulard G, Prado J. Etude de la relation entre les mouvements ventilatoires et les mouvements du centre de gravité de l’homme en orthostatisme. Agressologie 1976 ; 17 : 51-54 

8. Sundberg J. Breathing behaviour during singing. In REID, Cornélius L, Reid D. The NATS journal 1993 ; 4-9 

9. Scotto di carlo N. Les modifications de la lordose cervicale chez le chanteur. Med des Arts 1992 ; 2 : 4-7 

10. Leanderson R, Sundberg J, Von Euler C. A effect of diaphragm activity on phonation during singing. Thirteenth Annual Symposium : Care of the professional voice (New-York), 1984 

11. Amy de la Bretèque B. A l’origine du son : le souffle. Marseille : Ed Solal ; 2000 

12. Révis J, Ravera-Lassalle A., Le bilan orthophonique de la phonation : analyse du geste et des compétences vocales, Ed Deboeck ; 2021 

13. Amiel J, Lamy A (2010). Proposition d’une échelle d’évaluation de la posture pour les dysphonies dysfonctionnelles simples : S-TRAV, Mémoire de l’Université Paris VI, présenté pour l’obtention du Certificat de Capacité d’Orthophoniste, 100 p. 

Supports pour le travail de la posture 

1. Delamarre C. A pleine voix. Marseille : Ed solal ; 2003 

2. Estienne F. L’usage des exercices en orthophonie, enjeu des techniques, remédiations, 220 Exercices. Ed Masson 2008 

3. Fournier C. La voix, un art et un métier. Ed Compact Act (Seyselle) 1994 

4. Klein-Dallant C. Dysphonies et rééducations vocales de l’adulte. Marseille : Ed Solal ; 2001 

5. Le Huche F. La voix : Thérapeutique des troubles vocaux. Paris : Ed Masson ; 1987 

6. Mawois C. La voix en scène. Paris : Ed Orthoédition ; 2010 

7. Sarfati J. Soigner la voix. Marseille : Ed Solal ; 1998 

8. Perrier J, Chauvel D. La voix : 50 jeux pour l’expression vocale et corporelle. Paris : Ed Retz ; 1992 

9. Perrière S, Révis J, Giovanni A. Rééduquer la voix : 8 étapes en chanson. Paris : Deboeck supérieur ; 2017 

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