Ferme la bouche Kévin !

Pourquoi respirer par le nez, c’est tellement mieux !

Ferme la bouche !
On entend souvent ce type de phrase adressée à un enfant, un adolescent, ou même un adulte qui a tendance à respirer par la bouche et donc, à la garder ouverte…
Cette habitude a le don d’agacer les parents ou les conjoints, qui voient souvent dans ce comportement un manque de volonté.
Dans la littérature, on parle de profil adénoïdien. Un terme un peu barbare qui désigne les gens qui respirent par la bouche.
Ces respirateurs buccaux compilent des caractéristiques faciales (béance labiale, pommettes « effacées », cernes, nez étroit, narines hypotoniques ….) qui peuvent être associées à des caractéristiques comportementales (baisse de la vigilance, fatigabilité…)

En gros, c’est pas top Kévin ! Il est temps de mettre quelques paillettes dans ce regard.

Alors que cette mauvaise habitude de garder la bouche ouverte peut entraîner de nombreuses altérations au niveau de la croissance oro-faciale, posturale, et au niveau de la santé en général, il ne suffit pas de dire à la personne de fermer sa bouche, pour assister à l’installation d’une ventilation nasale préférentielle.

Mais pourquoi tu fais ça Kévin ?

Il y a deux causes à l’adoption d’une ventilation buccale. 

1.L’adoption d’une mauvaise habitude (après une rhinite passagère par exemple)
2.L’obstruction de l’étage nasal (qui peut être congénitale, tumorale, inflammatoire ou traumatique).

C’est l’inflammation des muqueuses qui constitue la cause la plus fréquente d’obstruction nasale: en cas d’allergie, le flux d’air passant par le nez est réduit et s’accompagne de rhinorrhées (huuummmm fraicheur !) de façon quasiment permanente. On assiste à la prolifération de glaires (re-fraicheur! ), souvent aggravée par un défaut de mouchage.

Réaction en chaîne: l’inflammation du tissu lymphoïde conduit à l’hypertrophie des végétations adénoïdes (bonjour les otites) et à l’hypertrophie des amygdales. Les muqueuses de l’oropharynx et de la langue s’assèchent. La porte est grande ouverte pour les infections de type pharyngites et amygdalites. L’obstacle au flux d’air par le nez est entretenu, et c’est le cercle vicieux qui s’installe.

Et là, je suis sûre que vous vous demandez: mais QUID du morpho-squelette ? Eh bien c’est simple Jamy: le maxillaire est creusé de cavités pneumatiques (fosses nasales et sinus maxillaires). Et c’est bien par la ventilation nasale que les sinus sont censés participer à la croissance du maxillaire supérieur.

Quand le nez de l’enfant est bouché, le développement du maxillaire s’en trouve perturbé. Les sinus sont peu pneumatisés, ce qui conduit à une insuffisance de développement de la mâchoire supérieure, parfois associée à une mâchoire inférieure en arrière (rétromandibulie) et une gorge étroite.

Pour ouvrir les voies respiratoires, le respirateur buccal aura tendance à adapter sa posture (avancée du menton et flexion cervicale). Cette compensation sollicite la colonne vertébrale et fatigue les muscles du cou (d’où les douleurs dorsales et scapulaires).

Bon, maintenant, va falloir bosser en équipe.

L’avis de l’ORL est indispensable pour rechercher les causes de la ventilation buccale. L’avis du dentiste l’est tout autant: on veut tout savoir sur l’occlusion dentaire et la possibilité du maintien des lèvres en contact sans effort. « Et on n’oublie pas d’envoyer son petit compte-rendu à l’orthophoniste s’il vous plaît. Détaillé, feuille A4, times new roman 12. Merci » 

Avant la rééducation orthophonique, il faut d’abord lever l’étiologie ORL: en débarrassant les voies respiratoires supérieures de toute contrainte mécanique, on espère rétablir l’équilibre fonctionnel (respiration et position linguale au repos). Il sera parfois nécessaire de pratiquer une intervention chirurgicale et/ou de traiter une allergie.

Mais rien n’est encore gagné à ce stade-là.
La plupart des dysfonctions ventilatoires persistent après la levée de leur étiologie ORL!  « Il est très difficile d’effacer l’empreinte corticale laissée par la ventilation orale. »*1
Selon Pedro Planas, stomatologue espagnol et fonctionnaliste, « si l’enfant devient respirateur buccal habituel, les terminaisons nerveuses nasales ne sont plus exaltées »*2.

C’est maintenant qu’on rentre dans l’arène, nous, les Wonder-Orthooos !

La rééducation orthophonique myofonctionnelle se révèle INDISPENSABLE pour la restauration d’une ventilation nasale exclusive, et ce, dès le plus jeune âge. La prise en charge devra être précoce (dès 3 ans, oui oui), afin de relancer la croissance oro-faciale, ce qui permettra d’envisager, si besoin, un traitement orthodontique moins lourd durant l’adolescence.

En parallèle, le patient effectuera un suivi régulier chez l’orthodontiste pour normaliser les structures dento-alvéolaires (en fonction de l’âge de l’enfant). L’expansion palatine est le traitement qui sera alors très probablement proposé ; il permettra secondairement un agrandissement de la taille des fosses nasales: la langue pourra davantage trouver une place satisfaisante, ce qui préparera un terrain favorable à l’établissement de fonctions plus saines de déglutition, mastication, phonation et articulation.

La boucle est bouclée.

En conclusion.

Nous, orthophonistes, sommes au coeur de la rééducation oro-myo-fonctionnelle.
On se doit d’occuper une place majeure dans la prise en charge conjointe orl/orthodontie/orthophonie pour éviter les récidives et installer de nouvelles habitudes saines chez le patient. N’ayons pas peur de faire valoir notre savoir-faire auprès des autres professionnels de santé ! #orthospower