L’EBP et votre expérience clinique jouent dans la même équipe
Par So Spitch
Une ortho suit un enfant depuis deux ans. Les progrès sont là, la famille est impliquée, elle sait exactement pourquoi elle fait ce qu’elle fait. Et puis un jour, dans un groupe de collègues, quelqu’un lui demande : « tu fais de l’EBP, toi ? »
Elle savait exactement ce qu’elle faisait avec cet enfant mais elle a hésité : est-ce que ça « comptait » comme EBP ? Et si non… faisait-elle quand même du bon boulot ?
L’EBP, la pratique fondée sur les preuves, est devenue un de ces sujets qui peuvent mettre les orthos sur la défensive. En cause ? Le fait que ce soit devenu une sorte d’injonction. « Il faut être EBP. » « Il faut lire des articles. » Avec en filigrane l’idée que ce qu’on faisait avant était insuffisant.
Et c’est en partie vrai, d’ailleurs : l’EBP a permis d’écarter des pratiques qui ne tenaient pas la route, et tant mieux. Mais de là à dire que tout ce qu’on faisait avant était à jeter, il y a un pas.
Pourtant ce n’est pas exactement ce que dit l’approche EBP, et d’ailleurs ce n’est pas notre vision des choses non plus.
Ce que l’EBP dit vraiment
La pratique fondée sur les preuves tient sur trois piliers : la recherche, votre expérience clinique à vous, et ce que veut votre patient. Les trois en même temps. Donc il n’y en a pas un seul qui écrase les deux autres.
Et c’est sur le deuxième pilier que beaucoup d’orthos ont reçu une info incomplète. L’expérience clinique, ce n’est pas un bonus qu’on peut occulter si vous lisez votre dose d’articles hebdomadaires. C’est un pilier à part entière.
Ce que vous avez observé en séance au fil des années, les ajustements que vous faites presque à l’instinct parce que vous avez déjà vu des dizaines de cas qui se ressemblent. Ce qui a marché avec tel enfant, et ce qui a ramé avec tel autre. Tout ça fait partie de ce pilier, et par conséquent, de la définition même de l’EBP.
Et pareil pour le patient. Une rééduc’ dont le protocole est impeccable mais que la famille n’investit pas, ça ne tient pas. Ce que veut votre patient, ses contraintes, ce qui a du sens pour lui : c’est dedans depuis le départ. Ça n’est pas en option.
Bref, mettre la littérature sur un piédestal au détriment de la clinique, est une vision erronée de l’EBP. Répandue, mais erronée. Et considérer que l’EBP peut ignorer le terrain, c’est comme considérer que la déglutition pourrait ignorer la langue.
Ce qui a créé la confusion
La confusion vient souvent de la façon dont l’EBP a été introduite dans nos milieux : comme une norme, comme un marqueur de qualité, et parfois (soyons honnêtes) comme un argument d’autorité. Avec, à la clé, une présentation culpabilisante laissant entendre qu’une pratique hier irréprochable serait devenue aujourd’hui insuffisante.
De là vient parfois une sorte d’opposition de surface entre orthos « pro EBP » qui ne jureraient que par la recherche, et orthos « anti EBP » qui ne jureraient que par la clinique. Comme si deux camps s’affrontaient, alors que l’EBP, par définition, a besoin des deux.
Cela dit, soyons honnêtes dans l’autre sens aussi : se passer complètement de la littérature, ça pose un vrai problème. S’appuyer seulement sur son ressenti, sans jamais aller voir ce que montrent les données, c’est risquer de passer à côté de ce qui marche, ou de continuer pendant des années une approche que la recherche a, depuis, sérieusement remise en question. La littérature, c’est justement ce qui empêche la clinique de tourner en vase clos.
Vous en faites déjà, sans l’appeler comme ça
La réalité c’est que beaucoup d’orthos font déjà de l’EBP, même partiellement, sans mettre ce mot-là dessus :
Vous adaptez la fréquence des séances parce qu’une famille ne peut pas venir toutes les semaines ? C’est le pilier patient. Vous changez d’approche avec ce type d’enfant parce que vous avez déjà vu que ça coinçait ? C’est votre expérience clinique qui parle. Vous fouillez les recommandations de bonnes pratiques quand vous tombez sur une patho que vous voyez rarement ? Ce sont les données probantes. Voilà : vous en faites déjà.
Toute ortho qui s’appuie sur au moins un de ces piliers fait déjà une forme d’EBP, et franchement qui ne le fait pas ? L’enjeu, ce n’est pas d’être parfaitement EBP à chaque seconde. C’est de savoir ce que vous faites et pourquoi vous le faites.
Les cinq étapes, sans la pression du manuel
L’EBP se structure en cinq étapes, qu’on peut résumer par cinq verbes qui commencent par E : s’Enquérir, Explorer, Expertiser, Essayer, Évaluer.
Et avant que ça vous stresse : non, on n’est pas obligée de tout faire à fond à chaque fois.
S’enquérir, c’est formuler la question. Celle qu’on se pose pour de bon devant un patient : « pour ce profil-là, qu’est-ce qui marche ? » Explorer, c’est aller voir ce qui existe. Expertiser : lire, et trier ce qui vous sert vraiment. Essayer : adapter à la personne en face. Et évaluer : regarder si ça avance.
Chaque étape a sa marge de manœuvre. On n’est pas obligée de pondre une question PICO carrée à chaque fois qu’une question clinique vous traverse l’esprit. L’EBP, ce n’est pas un idéal à atteindre en entier ou à ne pas toucher du tout. Et surtout : avec la bonne méthode, l’EBP vous fait gagner un temps fou. Parce que vous savez où chercher au lieu de fouiller au hasard, et vous savez dénicher ce qui a fait ses preuves plutôt que de tester à l’aveugle.
Et ça, c’est très différent d’une injonction.
Souvenez-vous de l’ortho du début, celle qui hésitait à dire qu’elle « travaillait EBP ». En vrai, elle en faisait déjà. Et vous aussi, sûrement. Le faire à l’instinct, ça, vous savez.
Et avec une méthode derrière, vous savez en plus exactement où chercher et quoi appliquer : vous allez plus vite, vous visez plus juste. Des suivis plus efficaces, des bilans mieux ciblés, et un paquet d’heures économisées. Et tout ce que l’instinct seul ne vous donnera jamais.
Parce que quand vous savez chercher, vous trouvez des protocoles innovants à essayer avant tout le monde, vous relancez un suivi qui patinait au lieu de le subir. Vous savez quoi faire avec des patients que, jusqu’ici, vous réorientiez à contrecoeur « parce que ce n’est pas trop votre domaine ». Et puis : une fois qu’on sait où chercher, la bonne ressource est souvent à quelques clics.
Et le jour où des parents, aidants ou patients vous demandent si votre travail va vraiment aider, vous avez de quoi répondre. Et surtout, vous avez encore plus confiance en ce que vous proposez.
C’est ça que Claire Fontaa vous propose dans sa formation “L’EBP accessible au quotidien”, sur So Spitch : de quoi aller chercher du solide, le lire sans vous noyer, et le ramener jusqu’à vos séances avec les patients.
Vous avez déjà la clinique et l’expérience. Ce qui vous manque, c’est la méthode pour faire tenir les trois piliers ensemble : aller chercher les preuves, oui, mais aussi les croiser avec votre clinique et avec ce que veut votre patient. Et c’est là que votre pratique passe un cap : celui où vous pouvez affiner et enrichir ce que vous faites déjà, et où vous arrêtez d’en douter.
La formation “L’EBP accessible au quotidien” avec Claire Fontaa, arrive à prix de lancement du 25 au 28 juin !